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Georges Kennan - la guerre de Corée (1950-1953)

22 Juin 2012 , Rédigé par hoibian Publié dans #Hist T2 - La guerre au XXème siècle

1950 : 2,5 millions de morts en Corée

 

« je ne suis pas comme Hitler, je saurai toujours m'arrêter à temps », avait dit Staline à Eden en 1941. Jusqu'au 25 juin 1950 il avait tenu parole : de l'Iran à Berlin, les épreuves de force n'avaient certes pas manqué, mais il avait toujours fini par reculer devant la résolution américaine. Pourquoi alors avoir laissé Kim Il-sung lancer la quasi-totalité de ses troupes, en ce premier dimanche d'été, à l'assaut de la Corée du Sud ?

Les explications ne manquent pas : le 12 janvier précédent, le secrétaire d'Etat Dean Acheson avait publiquement exclu le pays du Matin Calme du "périmètre défensif" des Etats-Unis. Truman avait retiré ses forces de Corée du Sud, où elles avaient reçu en 1945 la reddition japonaise, suivant ainsi l'exemple des Soviétiques qui en avaient fait autant au Nord. Il avait largement démobilisé son armée, comptant sur sa considérable avance en matière nucléaire pour "contenir" les "Rouges". Il avait laissé sans réagir l'immense Chine tomber en 1949 aux mains des communistes. Comment imaginer qu'il allait envoyer des boys se faire tuer pour un petit bout de péninsule ? A quoi s'ajoutait que le Sud connaissait de sérieuses difficultés économiques et sociales, et que le grave échec électoral récemment subi par son président, Syngman Rhee, alias le "Vieillard terrible", n'empêchait pas ce dernier de proclamer son intention de venir libérer du communisme ses frères du Nord.

Kim, qui me donnera une interview, vingt-cinq ans plus tard, alors qu'il était l'objet d'un culte de la personnalité sans précédent et qu'il avait institué son étrange fils en héritier présomptif, n'avait, à l'époque, que 34 ans. Dès mars 1949, il avait parlé d'envahir le Sud à Staline, qui, après l'avoir d'abord découragé, lui avait donné le feu vert en avril 1950. Ils ignoraient l'un et l'autre que le Conseil national de sécurité des Etats-Unis avait décidé au même moment de reconstituer dans les meilleurs délais un corps de bataille digne de ce nom, quitte à faire passer le budget militaire de 13 milliards de dollars à 50. Le Kremlin s'attendait apparemment si peu à l'intervention américaine que son représentant au Conseil de sécurité, qui aurait pu y mettre son veto, n'assista pas à la séance convoquée pour discuter de la situation. Il faut dire qu'il boycottait ses travaux depuis des mois pour protester contre le refus des Occidentaux de transférer à Mao le siège permanent que continuait d'occuper au Conseil le délégué de Tchang Kaï-chek, désormais réfugié à Taïwan. Des historiens "révisionnistes" chinois ont cependant émis en 1977 l'hypothèse que le petit père des peuples savait ce qu'il faisait et cherchait en réalité à engluer les Américains dans une guerre locale, histoire d'avoir les mains libres en Asie. Pas en Asie, en Europe, avaient estimé de leur côté, dès 1951, certains experts de la CIA.


MACARTHUR LIMOGÉ

Truman ne perdit pas de temps pour inviter Douglas MacArthur, le vainqueur de la guerre du Pacifique, devenu son proconsul au Japon, à venir en aide aux troupes sudistes qui refluaient en désordre. La force des Nations unies, dont il exercera le commandement, comprendra des soldats de quinze nationalités, dont un bataillon français. Dès le 15 septembre 1950, elle prend dans une nasse, en débarquant à Inchon, sur la mer Jaune, le gros de l'armée adverse, qui avait occupé, à la seule exception d'une tête de pont à Pusan, en face du Japon, la quasi-totalité du Sud. Cet exploit lui permettra de franchir à son tour la ligne de démarcation entre les deux Corées, sur le 38e parallèle, et de remonter jusqu'aux abords de la frontière chinoise. Mais il provoquera ainsi l'intervention de 300 000 "volontaires" maoïstes, et la retraite précipitée, par un froid polaire, des casques bleus...

Pour reprendre la situation en mains, MacArthur n'hésite pas à en appeler à l'opinion, qui voit en lui un héros, et à préconiser publiquement, entre autres, l'emploi "de trente à cinquante bombes atomiques sur les bases aériennes et les autres points stratégiques de Mandchourie", histoire de convaincre le Grand Timonier de rappeler ses hommes. Que s'est-il dit et passé à ce moment-là entre Staline, Mao et Kim ? Les interprétations divergent considérablement. Il n'était pas question, en tout cas pour Truman, de suivre le proconsul dans ce qui aurait été, selon la formule du général Bradley, reprise ces jours-ci par John Kerry, "la mauvaise guerre au mauvais endroit et au mauvais moment", et il n'hésita pas, le 11 avril 1951, à le limoger. La tension finira par retomber, les combats par se stabiliser autour du 38e parallèle, et Moscou par saisir au vol une proposition d'un sénateur américain visant à engager le 25 juin, pour le premier anniversaire de la guerre, des pourparlers d'armistice sur la base d'un retour au statu quo ante. Mais la négociation butera vite sur la question des nombreux prisonniers nordistes qui refusaient de retourner chez eux. L'une des premières décisions des successeurs de Staline, après sa mort le 5 mars 1953, sera de céder sur ce point, ce qui permettra la conclusion, le 27 juillet de la même année, d'un armistice qui est encore en vigueur à cette heure.

Avec ses deux millions et demi de morts, civils et militaires, la guerre de Corée aura été la plus meurtrière de la guerre prétendument froide. Tout cela pour un coup qu'on serait tenté de considérer comme nul si elle n'avait pas été directement à l'origine du réarmement de l'Allemagne, Truman, Adenauer et Churchill redoutant que la République dite démocratique allemande ne succombe à la tentation de rééditer, en envahissant la République fédérale, le contestable exploit de sa sœur nord-coréenne. »
André Fontaine, Octobre 2004, lemonde-pet.gif
Journaliste et auteur d’une Histoire de la guerre froide 1945-1967 (Tomes I et II), 1965 et 1967, Points Seuil histoire et d’une Histoire de la Détente, 1962-1981, Points Seuil histoire.


Questions pour bien cerner cet article :

1)    Comment expliquer l’invasion de la Corée du Sud par le Nord ?
2)    En quoi est-ce un conflit de la guerre froide ?
3)    Quel a été l’impact de la mort de Staline sur ce conflit ?
4)    Quelles conséquences en Europe ?
      

Nécrologie
Décès de George Kennan, stratège de la guerre froide


Le diplomate, historien et écrivain américain George Kennan est mort, ont annoncé vendredi 18 mars 2005 les médias américains. Agé de 101 ans, il est décédé dans la nuit de jeudi à vendredi à son domicile de Princeton, dans le New Jersey, au nord-est des Etats-Unis. George Kennan est considéré comme l'un des diplomates les plus influents de l'après-guerre aux Etats-Unis, en compagnie de Dean Acheson ou Paul Nitze.
Spécialiste de l'URSS et diplomate depuis 1926, il sort de l'ombre en 1946 lorsque, numéro deux de l'ambassade américaine à Moscou, il envoie un message de 8 000 mots, connu depuis comme le "Long télégramme" pour avertir Washington contre les "tendances expansionnistes" du régime de Joseph Staline et conseiller un durcissement de la politique américaine à son égard.
"Le principal élément de toute politique des Etats-Unis à l'égard de la Russie soviétique doit être de contenir ses tendances expansionnistes avec patience, fermeté et vigilance", écrit-il un an plus tard, dans un article publié par la revue Foreign Affairs et signé "Mr X". George Kennan recommande alors une politique d'"endiguement" ("containment") vis-à-vis de l'URSS, ouvrant la voie à la guerre froide.
M. Kennan participe activement au lancement du Plan Marshall de reconstruction des pays dévastés par la seconde guerre mondiale. Il contribue en outre au développement d'un service d'opérations secrètes, au sein de l'Agence centrale du renseignement (CIA), contre le communisme.
En 1953, il quitte l'administration pour rejoindre The Institute for Advanced Study à Princeton.

George Kennan est également l'auteur de dix-sept ouvrages, dont deux ont été couronnés par le prix Pulitzer.

Avec AFP et AP, | 18 mars 2005, lemonde-pet.gif

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